2. La Fauvette à tête noire

La Fauvette à tête noire est un paradoxe à plumes. C’est l’un des oiseaux les plus communs de France, et presque personne ne la connaît. Son chant est l’un des plus mélodieux de nos jardins et nos forêts, mais la culture populaire n’en garde aucune trace. Enfin, c’est un oiseau qu’on ne peut faire cent pas sans entendre dans la campagne ou un bois feuillu, mais qu’on ne voit pratiquement jamais… ceci expliquant sans doute cela !

Commençons par le commencement : rendez-vous vite par exemple sur cette vidéo ou encore sur cette page pour écouter son chant. Là, vous allez dire : « aaaah oui ! » Car à n’en pas douter, où que vous soyez sur l’ensemble paroissial, il y a une Fauvette à tête noire qui chante dans un rayon de cinq cents mètres au plus. Si vous ne l’entendez pas depuis le pas de votre porte, cherchez les buissons, les lisières, le sous-bois les plus proches. Même dans les espaces verts du centre de Lyon, elle n’est pas rare. C’est dire que dans les vallons qui découpent notre territoire paroissial, elle abonde. Dès que vous l’entendrez, examinez (aux jumelles) le sommet des fourrés où le mâle s’expose souvent, lorsqu’il entre en duel sonore avec un voisin et concurrent. Si vous approchez trop, le chant s’interrompra, laissant place à des séries de cris d’alarme évoquant le bruit de deux galets qu’on entrechoque. Rien d’extraordinaire à vrai dire à observer : un petit oiseau gris, tout juste coiffé d’un béret. Mais qu’est-ce que cet autre oiseau tout aussi terne qui vient de s’esbigner dans le lierre et qui portait, lui, une calotte rousse ? La femelle, tout simplement. Dans quelques semaines, les jeunes de l’année arboreront eux aussi le képi couleur feuille morte, jusqu’à la mue donnant le plumage définitif.

Crédit photo : MSH Sourav, CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons

C’est dans le sous-bois bien fourni que la Fauvette à tête noire est la plus abondante. Comme c’est l’un des rares oiseaux à chanter une bonne partie de la journée, passé dix heures du matin, on n’entend presque plus qu’elle. Pas fainéant pour autant, Monsieur entame la construction de plusieurs nids, laissant à son élue le soin de choisir celui qui accueillera la ponte ; ponte qui sera ensuite couvée par les deux oiseaux à tour de rôle. L’incubation dure deux petites semaines et l’élevage des jeunes aussi. Le groupe familial reste uni quelque temps, mais se disperse vite car les adultes élèvent généralement deux nichées par an.

Autrefois migratrice partielle, absente du Rhône pendant l’hiver, la Fauvette à tête noire, à force d’hivers doux, a modifié ses habitudes et tend à devenir sédentaire dans toute la France, au moins en plaine. Son régime alimentaire, insectivore au printemps mais qui comprend aussi des baies (comme le gui) et des graines, lui a permis ce tour de force. Son chant résonne dès les beaux jours de fin février en plaine.

La Fauvette à tête noire cache son nid dans les buissons et ne vient pas en nichoir. Pour la favoriser au jardin, conservez des zones fauchées seulement en fin d’été, riches en insectes, conservez un sureau – elle adore ses baies – et laissez en paix le lierre sur les arbres :il ne leur cause aucun dommage, mais offre abri et nourriture à d’innombrables espèces, des fauvettes aux abeilles. Et surveillez vos chats.

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