4. Le Héron garde-bœufs

Huit heures du matin. Alors que vous êtes bloqué dans les bouchons de l’A6, votre ennui est soudain égayé par le passage au-dessus de l’autoroute d’une escadrille d’oiseaux blancs comme neige, plutôt grands, battant des ailes à l’unisson, comme si toute la bande formait un seul jouet mécanique. Elle est suivie d’une autre, puis d’une autre, et ce sont parfois plusieurs dizaines de ces curieux aviateurs, formés en ligne ou en V, qui survolent Vaise, la Duchère, Écully ou Dardilly en direction de l’ouest-nord-ouest. Et voici qu’au même endroit, vers 18h30, alors que le jour décline, la même scène recommence, mais avec des oiseaux cette fois-ci cap à l’Est-Sud-Est !

Vous venez d’admirer les vols pendulaires des Hérons garde-boeufs lyonnais.

À la saison des amours, le Garde-bœufs adulte peut se parer d’étonnantes houppes orange.
Crédit photo : Pierre Dalous, CC BY-SA 3.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0, via Wikimedia Commons

Espèce cosmopolite, très commune aux basses latitudes, le Garde-bœufs est un nouveau venu dans la faune française. Il ne s’y reproduit que depuis 1969. Depuis, il a colonisé progressivement presque tout le pays à une vitesse époustouflante, seulement freinée par les hivers froids des années 80. Le pourtour méditerranéen, la façade atlantique comptent aujourd’hui des colonies de plusieurs centaines de couples dans des bois marécageux. On connaît mal les raisons de cette expansion, sans doute facilitée par le changement climatique, et peut-être initiée par les sécheresses en Espagne, qui repoussent les oiseaux vers le nord. Comme son nom l’indique, le Garde-bœufs est souvent observé dans les prairies, aux côtés du bétail et parfois sur son dos. En revanche, dût la légende en pâtir, il ne se nourrit guère de parasites prélevés à même la peau des bêtes ! Il se contente d’arpenter les pâtures à la recherche de gros insectes, de limaces ou d’escargots dérangés par les mouvements du troupeau. Les oiseaux qui survolent matin et soir notre ensemble paroissial se répandent ainsi dans tout le nord et l’ouest de Lyon. On observe de petits groupes à Saint-Didier au mont d’Or, à Lentilly, à la Tour-de-Salvagny, Marcy-l’Étoile et même Sarcey ou Chaponost. Le soir, ils se rassemblent en un imposant « dortoir » sur l’île du parc de la Tête d’Or, où la tranquillité est garantie. Est-ce la présence de congénères captifs au zoo qui les attire ici ? Toujours est-il que les bénévoles de la LPO ont compté plus de 300 petits hérons blancs réunis de la sorte au crépuscule ces dernières semaines. Au printemps, ces oiseaux se dispersent (peut-être vers la Dombes) et se retrouvent à l’hiver suivant. Vous pouvez donc encore observer quelques semaines ces étonnants mouvements pendulaires.

De manière plus surprenante, ces oiseaux ne sont pas des nicheurs. Ce dortoir n’est pas une colonie de reproduction. On y compte un ou deux nids, pas plus, tandis qu’une poignée d’autres couples niche dans les bois humides du Rhône, du côté de Grigny (ceux-là, pour se nourrir, rejoignent le plateau mornantais). Il semble que les Garde-bœufs lyonnais soient des oiseaux immatures, qui s’en iront nicher ailleurs, à moins que le dortoir n’évolue progressivement en véritable colonie. L’île deviendrait alors une authentique « héronnière plurispécifique » (en fait, elle l’est déjà, avec plusieurs nids de Hérons cendrés, quelques Aigrettes garzettes et, donc, un ou deux couples nicheurs de Garde-bœufs). Le savoir reste difficile, car le Garde-bœufs construit plutôt son nid au cœur du feuillage, contrairement aux imposantes citadelles des Hérons cendrés, bien visibles au sommet de l’arbre.

En attendant, les élégants vols blancs enchantent le ciel lyonnais matin et soir et c’est tant mieux.

Pour en savoir plus sur les vols pendulaires de Garde-bœufs, leur route au-dessus de Lyon : « L’affaire Gardeboeufs », dans L’Effraie, la revue scientifique de la LPO Rhône

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

🍪

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre navigation.