21 mai 2023 – Septième dimanche de Pâques

Chers frères et sœurs,

Le temps pascal, c’est très beau. C’est aussi un peu long, surtout sur la fin. Au début, nous suivions pas à pas les disciples dans la surprise puis l’émerveillement devant la résurrection de leur maître : ça ne manquait pas d’action et de joie. Après cette série de rencontres, un deuxième temps nous a permis, avec les apôtres, de mieux comprendre l’identité de Jésus-Christ : le chemin, la vérité et la vie, le Bon Pasteur, la porte des brebis… Il y avait encore matière à commenter. Mais voici qu’à la fin du temps pascal, le temps semble s’étirer, et les évangiles deviennent de plus en plus abstrait. Pour être honnête, certaines pages de saint Jean provoquent chez les prédicateurs crainte et tremblement : trop mystique, trop répétitif, trop alambiqué… Que dire de l’évangile de ce dimanche, qui semble tourner sur lui-même, à l’infini ?

Ou alors, nous faisons fausse route. Est-ce réellement saint Jean qui est compliqué, ou bien est-ce nous qui nous compliquons sa lecture, en cherchant à y trouver une signification ésotérique et mystérieuse, là où tout est peut-être en réalité très simple ? Lorsque tout paraît trop simple, il est tentant de chercher ailleurs ce qui est sous nos yeux. Selon mon habitude, je cherchais hier une œuvre d’art pour illustrer ce propos, et je n’ai trouvé ni roman russe, ni film hongrois, ni estampe précolombienne… Finalement, m’est revenue une petite histoire, pas très sérieuse, mais assez pertinente.

La voici donc. Le célèbre détective Sherlock Holmes et son ami le Docteur Watson profitent d’un week-end de printemps pour faire du camping. Dans un champ de la campagne anglaise, ils trouvent un endroit agréable, plantent leur tente, se glissent dans leurs duvets et s’endorment. Au milieu de la nuit, Holmes réveille Watson et lui demande : « Mon cher Watson, ouvrez les yeux, regardez au-dessus de vous et dites-moi ce que cela veut dire. » Watson regarde, surpris, et dit : « Je vois le ciel, la lune et la multitude des étoiles… Eh bien, voyons… astronomiquement parlant, cela veut dire que Jupiter est visible dans la constellation du Bélier… C’est ça ? » « Non, Watson, ce n’est pas ça. C’est plus élémentaire ! » « Alors, météorologiquement parlant, cela veut dire que souffle un calme vent du Sud, que l’hygrométrie et la température sont agréables, et que la journée de demain sera belle. C’est bien ça ? » « Non plus. Encore plus élémentaire. » « Alors, métaphysiquement parlant, sans doute est-ce que la création est splendide, l’univers est immense, et nous sommes tout petits… C’est ça ? » « Toujours pas, Watson. Vous n’êtes pas assez élémentaire. » « Mais enfin, Holmes, où voulez-vous en venir ? » « Élémentaire, mon cher Watson… on nous a volé la tente ! »

Comme Watson sous les étoiles, je crois que le désarroi que l’on peut ressentir à la lecture de saint Jean tient à ce que nous ne sommes pas assez élémentaires. Nous voulons être pris au sérieux, et nous trouvons trop vulgaire ce que saint Jean se tue à nous dire et à nous répéter, dans tous les sens : que Dieu est amour. Élémentaire, pourtant. Depuis le début de leur vie à ses côtés, les disciples scrutent le secret de Jésus. D’où lui vient cette force, cette flamme, cette foi ? Ils l’ont vu, et ils veulent l’imiter dans son secret, c’est-à-dire dans sa prière. Ils sont venus un jour lui demander de leur apprendre à prier, comme tout bon maître spirituel. Attendaient-ils des formules splendides, des techniques imparables, efficaces, souveraines ? Jésus n’a rien d’autre à leur offrir que quelques mots simples, ceux du Notre Père ; et surtout, il n’offre rien de moins que lui-même : « Nul ne va vers le Père sans passer par moi. » Et l’évangile de ce dimanche n’est rien d’autre que la grande prière de Jésus, dont l’intensité n’a d’égale que la simplicité. En des mots simples, ordinaires, banals, Jésus se tourne tout entier vers ce Père qui est son secret le plus intime, la source de sa joie.

L’avez-vous remarqué ? La pièce dans laquelle Jésus prie dans l’évangile – cette pièce à l’étage d’une maison de Jérusalem, où il vient de partager la Cène avec ses disciples, ainsi que de leur laver les pieds – est aussi la pièce que saint Luc appelle la « chambre haute » et qui, à la fin de la première lecture, devient le lieu de rassemblement des Onze à leur retour de l’Ascension, le lieu où ils vivront dans quelques jours l’effusion de l’Esprit-Saint. Ils n’abandonnent pas le Temple de Jérusalem, mais ils vivent aussi leur prière dans cette salle que la Grande Prière de Jésus a consacrée.

De la prière de Jésus, s’il ne fallait retenir qu’une chose élémentaire, évidente et indispensable, c’est qu’elle est un dialogue. Si souvent, notre prière est menacée d’être un monologue, où nous sommes seul à seul avec nous-mêmes, ressassant nos idées noires, admirant nos idées claires, ne cherchant d’aide qu’en nos propres ressources – bref, une prière où Dieu n’est pas invité. « Simplifie mon cœur pour qu’il craigne ton nom », chante le psalmiste. En ces derniers jours de Pâques, demandons au Seigneur de nous simplifier, pour que nous puissions le reconnaître, lui qui est sous nos yeux et que nous cherchons si souvent ailleurs. Élémentaire, isn’t it ?

Amen.

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