Dimanche 13 décembre 2020Troisième Dimanche de l’Avent – Dimanche de Gaudete

Chers frères et sœurs,

Le 3 août 1492, au moment de quitter le port espagnol de Palos de Moguer, Christophe Colomb promit plusieurs milliers de maravédis – une somme alors considérable – au premier de ses marins qui verrait une terre nouvelle à l’horizon, et qui l’annoncerait à l’équipage. Le 12 octobre, après un peu plus de deux mois de traversée, un marin de la Pinta, Rodrigo de Triana, qui était de quart à deux heures du matin, cria : « ¡Tierra! ¡Tierra! », « Terre ! Terre ! » Il avait vu, dans le lointain, le premier liséré de terre ferme qui se dressait, à quelques milles marins du bateau, preuve que la mer n’était pas infinie, et que l’aventure incertaine de ces marins allait enfin être couronnée de succès. La joie est le corollaire de l’aventure. C’est parce que les marins avaient pris un risque et qu’ils s’étaient élancés dans l’inconnu que leur joie de la découverte du nouveau monde était si grande. C’est parce qu’ils avaient accepté la longueur de la traversée, dont rien ne permettait de deviner par avance la durée, c’est parce qu’ils avaient déployé des trésors de patience, gardé un esprit sans cesse sur le qui-vive et un regard d’aigle, que cet exploit pouvait les remplir d’un tel sentiment de fierté et d’émotion. Tous leurs efforts aboutissaient en un instant à une récompense plus grande en elle-même que tous les maravédis du monde. L’Avent, c’est l’aventure. C’est d’ailleurs le même mot. Pourtant, parce que nous connaissons par avance la durée de l’Avent et son terme, le 25 décembre, nous courons chaque année le risque de vivre l’Avent avec un cœur habitué et blasé. Aussi faut-il régulièrement réactiver en nous ce qu’il y a de bouleversant et d’extraordinaire à guetter la venue dans notre vie de Dieu en personne. Si ce troisième dimanche est celui de la joie, c’est pour réveiller notre disponibilité à partir à l’aventure vers des terres nouvelles. Comme Rodrigo de Triana du haut de son nid-de-pie, il y a une joie toute particulière à être à la bonne place, au bon moment, et à vivre cette situation unique. L’aventure de ce marin de la Pinta, c’est exactement celle de Jean-Baptiste dans l’évangile. Il n’est pas lui-même la terre promise, mais il est la vigie de ce nouveau monde. Il a le privilège incroyable d’être la sentinelle qui, au bout de l’immense nuit, voit se lever le premier rayon du jour. Il est le dernier de tous les prophètes, et donc, le plus grand. Si vous aviez été sur la Pinta le 12 octobre 1492, peut-être vous seriez-vous dit que Rodrigo de Triana, là-haut au faîte de son mât, semblait bien grand et bien visible, alors que la terre qu’il venait de voir, au loin, était encore presque indiscernable. Il en va de même entre Jean-Baptiste et Jésus. Tout le monde remarque Jean-Baptiste, avec son accoutrement excentrique, son régime alimentaire insolite et sa grosse voix qui crie dans le désert, il ne peut passer inaperçu ; presque personne en revanche ne fait attention à Jésus, si banal par comparaison, si discret. Aussi, tout le travail par lequel Jean-Baptiste témoigne de Jésus consiste à décentrer le regard qui se pose sur lui pour le recentrer sur Jésus. « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas. » Un mystère est là, une aventure est prête pour les cœurs disponibles…Chers frères et sœurs, la joie qui illumine ce troisième dimanche de l’Avent n’est donc pas un léger divertissement pour nous désennuyer quand l’Avent se fait trop long, mais elle est une étape indispensable, celle de la joie qui lave le regard et guérit notre cécité. Au milieu de nous continue de se tenir celui que nous ne connaissons pas, celui que nous ne connaissons pas assez, celui qui vient toujours incognito et sur qui nul ne peut mettre la main, parce qu’il est souverainement libre. En cette année où nous pouvons avoir spécialement l’impression que la crise que nous traversons est un océan sans rive, l’invitation à la joie est encore lancée, parce que, « petite publicité du païen, la joie est le secret immense du Chrétien. » La joie est plus que la somme de nos optimismes. Elle est le don de Dieu dont l’amour est toujours plus proche de nous que nous ne le croyions. Dieu cherche des aventuriers et des sentinelles. Penchons-nous à l’avant des blanches caravelles pour regarder monter dans un ciel ignoré du fond de l’océan l’étoile de l’espérance. Et, à tous ceux pour qui la nuit semble sans fin, à qui l’obscurité devient insupportable, osons crier : « Terre ! Terre ! »Amen.

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