Dimanche 13 mars 2022 – Deuxième Dimanche du Carême

Chers frères et sœurs,

Commençons par fêter un anniversaire. Il y a quatre-cents an et un jour, le samedi 12 mars 1622, le Pape Grégoire XV canonisait à Rome, dans une même célébration, cinq nouveaux saints : Isidore le Laboureur, un paysan espagnol du onzième siècle – vous avez une excuse si jamais vous n’aviez jamais entendu parler de lui – et quatre célébrités : Thérèse d’Avila, réformatrice de l’Ordre du Carmel, Ignace de Loyola et François-Xavier, fondateurs de Jésuites, et enfin Philippe Néri, créateur à Rome de la Congrégation de l’Oratoire. Les Romains, avec leur humour habituel, commentèrent : « Le Pape a canonisé quatre Espagnols… et un saint ! »Quatre cents ans après, l’Église continue de célébrer la sainteté et de le faire à travers des célébrations de béatification et de canonisation. Ce sera, dans peu de temps, le cas de deux Français : Charles de Foucauld, canonisé à Rome le 15 mai, et notre chère Pauline-Marie Jaricot, béatifiée à Lyon le 22 mai. Vues de loin, ces célébrations peuvent ressembler à une distribution de Légions d’Honneur : des titres et de décorations pour Catholiques illustres… des hochets, des vanités ? Pourtant, quand l’Église se prononce sur la sainteté de quelques-uns, elle ne le fait pas parce qu’ils sont morts, mais parce qu’ils sont déjà vivants en Dieu ; et elle ne le fait pas pour eux, mais pour nous : pour que nous trouvions dans ces amis de Dieu un modèle et un soutien dans le pèlerinage de notre vie sur le chemin du ciel. Depuis quelques minutes, vous vous dites que ce que je raconte ressemble à une homélie de la Toussaint, et vous n’avez pas tort : l’évangile de la Transfiguration, en ce deuxième dimanche du Carême, c’est une sorte de Toussaint à l’orée du printemps, une Toussaint à la charnière de l’Ancien Testament et du Nouveau. En 1622, il y avait cinq saints, bien différents les uns des autres, mais tous témoins de la sainteté de Dieu ; or, dans l’évangile, il y a aussi cinq saints, à savoir deux figures tutélaires – Moïse et Élie, dans la gloire déjà reçue – et trois novices en formation – Pierre, Jean et Jacques. Ces derniers se préparent à la sainteté par alternance, tantôt à l’écoute des enseignements et des paraboles de Jésus, tantôt sur le terrain ; ils sont plein de bonne volonté, mais ils ne comprennent pas tout, comme de jeunes étudiants peuvent être à la fois émerveillés et un peu perdus en voyant trois pontes de leur spécialité discuter entre eux de choses qui les dépassent…A propos, de quoi parlaient-ils entre eux, Jésus, Moïse et Élie ? Saint Luc est le seul des trois évangélistes synoptiques à le préciser : « Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. » Le mot qu’emploie saint Luc pour parler du ‘départ’ de Jésus, c’est littéralement le mot d’‘exode’. En pensant à l’exode des populations ukrainiennes fuyant la guerre qui ravage leur pays, on saisit ce que ce mot a de grave : l’exode, c’est un grand voyage, vers la liberté, mais aussi à travers la difficulté. Et l’exode qui attend Jésus à Jérusalem, c’est sa Passion. Donc, Moïse et Élie parlent à Jésus – je l’imagine – de leurs expériences. Premièrement, ils lui parlent de leurs propres exodes : Moïse, du grand Exode du peuple d’Israël, ces quarante années de marche de l’Egypte jusqu’à la Terre Promise ; et Élie, de sa fuite devant l’hostilité de la reine Jézabel, qui avait mis sa tête à prix. L’exode, la fuite, la peur, ils savent ce que c’est. Mais ensuite – j’imagine encore – ils parlent de leurs rencontres avec Dieu, précisément sur cette montagne de l’Horeb. C’est là qu’au début de son aventure, Moïse a a reçu l’appel de Dieu à libérer son peuple, d’une voix venue d’un buisson ardent, qui illuminait sans se consumer. C’est là également qu’Élie, au milieu de sa grande angoisse, a connu la présence de Dieu qui passait, dans une brise légère, fine et silencieuse. La présence de Dieu, la consolation et la paix… ils savent aussi ce que c’est ! Jésus transfiguré, rayonnant de gloire, leur apparaît comme le nouveau buisson ardent et le nouveau souffle de Dieu ; et, en retour, Moïse et Élie encouragent Jésus dans son propre chemin, dans son exode, dans sa Pâque. Cette discussion, c’est donc une grande leçon sur la sainteté. La sainteté, c’est tout cela à la fois : l’exode et la consolation, l’expérience de l’épreuve qui demande du courage et de la présence de Dieu qui donne la paix et la joie. La sainteté, ce n’est pas un privilège pour super-catho. C’est l’amitié avec Dieu qui surpasse toutes les autres joies, toutes les autres réussites. Au Pape Clément VIII qui voulait le faire Cardinal, saint Philippe Néri avait répliqué, en souriant : Preferisco il Paradiso, « Je préfère le Paradis » !Chers frères et sœurs, comme Abraham, levons les yeux vers le ciel et comptons les étoiles, si nous le pouvons : aussi innombrables sont les saints, la descendance du Christ. Spécialement pendant ce carême, désirons la sainteté, pour accepter les petits et grands exodes que nous avons à vivre : nos chemins de foi, de rédemption, de conversion, de réconciliation. Que Moïse et Élie, Pierre, Jacques et Jean, Thérèse d’Avila, Ignace, François-Xavier, Isidore le Laboureur et Philippe Néri, avec tous les saints qui ont croisé notre chemin, nous encouragent à toujours préférer le paradis. Il est à portée de main ! Amen.

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