Dimanche 16 août 2020

Chers frères et sœurs,

Cet été aura été dur pour les sportifs. Le Tour de France a été décalé, le football se joue sans public, bien des compétitions sont ajournées ou annulées… Alors, comme pour nous consoler, l’évangile de ce jour nous offre une belle partie de ping-pong. La balle bondit et rebondit de part et d’autre du filet, chaque joueur la voit venir et la renvoie à son adversaire avec énergie, du ‘tac’ au ‘tac’. C’est vraiment un beau match !

En fait de ping-pong, c’est une joute oratoire étonnante qui se joue devant les disciples et on peut les imaginer, comme les spectateurs dans les tribunes de Roland-Garros, suivant des yeux les mouvements de la parole qui, comme une balle rapide, fuse d’un côté à l’autre. D’un côté, Jésus, pour l’équipe d’Israël ; de l’autre la Cananéenne, pour l’équipe du Liban. Jésus, que l’on représente si souvent comme le Bon Pasteur, se montre expert dans ce qu’une vieille expression française appelle « la réponse du berger à la bergère », c’est-à-dire l’art du mot d’esprit cinglant qui règle un débat. Et en face de lui, il a une adversaire de taille, qui ne lâche pas prise et qui répond avec vivacité et avec audace. Qui donc va gagner ?

A l’origine de ce match, il y a une question épineuse : Pour qui Jésus a-t-il été envoyé ? Est-ce pour le peuple dont il est membre, celui d’Israël, ou bien pour tout le monde, sans exception ? Cela peut nous sembler étrange. Spontanément, me semble-t-il, nous sommes portés à nous ranger du côté de la Cananéenne. Bien sûr que le Christ est venu pour tout le monde, quelle question ! En cela, nous sommes les héritiers de l’universalisme du Nouveau Testament, spécialement mis en relief par saint Paul dans ses écrits. Or, je me permets d’insister, la question est pertinente et Jésus n’a pas tort. En Lui, le Verbe ne s’est pas seulement fait chair, il s’est fait homme et il s’est fait Juif. Il n’est pas né par hasard dans le peuple d’Israël comme il aurait pu naître chez les Gaulois, chez les Sioux ou chez les Javanais. Il naît dans le peuple que Dieu a choisi et mis à part pour être le signe de son Alliance. Et celle qui en a tout-à-fait conscience, c’est la Cananéenne, qui l’interpelle et le nommant « Fils de David ». C’est précisément parce qu’il est Juif, dit-elle, qu’il doit aller aussi au-delà des frontières d’Israël : parce qu’Israël existe pour le monde entier.

L’enjeu de cet évangile, c’est donc bien la notion chrétienne de ‘signe’, et la relation entre l’universel et le particulier. Dans la logique chrétienne, le particulier n’est pas en opposition avec l’universel, mais à son service.

C’est le cas d’Israël. Dans l’Ancien Testament, Israël, ce petit peuple insignifiant, se voit appelé et mis à part pour une mission particulière, celle de porter la mémoire vive de l’Alliance passée entre Dieu et Abraham, Isaac, Jacob et Moïse. Israël n’a pas matière à s’enorgueillir, mais à être le signe de la bénédiction de Dieu pour le monde entier, et, comme le dit le prophète Isaïe, à être une « Maison de prière pour tous les peuples. » Israël est une singularité donnée pour le bien de tous.

C’est le cas du Christ. Dans l’évangile, nous voyons Jésus poser des miracles, c’est-à-dire des exceptions à la règle commune de fonctionnement de la nature. Il ne transforme pas l’eau de toutes les fontaines en vin, et il ne guérit pas tous les malades de son pays, parce que son objectif n’est ni l’œnologie ni la santé publique, mais la foi. Ses miracles sont des signes, des invitations à librement entrer dans foi. Le Christ est une singularité donnée pour le bien de tous.

C’est le cas de l’Eglise. Elle aussi est un signe d’espérance et de contradiction. En son sein, le clergé est aussi une exception, il est mis à part pour une mission particulière, celle d’être signe de l’action du Christ en personne. Et ce que le clergé est dans l’Eglise, l’Eglise l’est dans le monde : un signe, signe d’espérance et signe de contradiction, la voix du Christ qui dit au monde l’amour du Père. Là encore, l’Eglise est une singularité donnée pour le bien de tous.

Finalement, qui a gagné la partie de ping-pong ? La Cananéenne, assurément, qui a eu gain de cause. Et Jésus, tout aussi assurément, qui a vu la foi audacieuse de cette femme. Et nous-mêmes, spectateurs et bénéficiaire de ce match. Quelques-uns jouent la partie, mais tout le monde gagne. N’est-ce pas admirable ?

Amen

Père Martin Charcosset

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