Dimanche 1er novembre (Toussaint)

Introduction

Chers frères et sœurs, est-ce que vous voulez être saint ? Je pose sérieusement cette question. Avant de partir en vacances j’ai posé cette même question à des collégiens. Après quelques premières réponses polies, une collégienne a osé répondre franchement : « oui mais pas tout le temps ». Si je traduis autrement sa réponse : « pourquoi pas être saint, mais je veux tout de même pouvoir garder ma vie “normale” ». Je crois que beaucoup d’entre nous, s’il devait répondre en vérité à cette question, répondrait comme cette collégienne. La sainteté nous attire mais de là à tout lui sacrifier… Si nous ressentons cela c’est qu’il y a en nous un décalage entre ce que nous percevons de la sainteté et ce que nous désirons.

Le mal entendu : détacher bonheur et sainteté

Ce décalage nous le découvrons grâce à l’évangile d’aujourd’hui. En effet, l’évangile que nous avons entendu est très important. On le voit par quelques détails : Jésus monte sur une montagne le lieu où a été donné les 10 commandements, il s’assoit prenant la position d’un enseignant, par cette attitude il veut nous manifester qu’il va transmettre quelque chose d’important. Or, dans la première de ces paroles Jésus fait un lien essentiel entre le bonheur (heureux), et avoir « le Royaume des Cieux » (ou être dans le Royaume des cieux) qui est une autre manière de la parler de la sainteté. Ainsi, le premier enseignement du Christ fait le lien entre bonheur et sainteté.  

Ce message de Jésus il nous faut l’entendre et surtout y croire. La question est, en effet, de savoir si nous croyons que vouloir être heureux et vouloir être saint sont équivalents. Comme disent les jeunes « on ne va pas se mentir » cette équivalence n’est pas évidente. En effet, pour devenir saint, les béatitudes nous présentent 8 chemins. Ces chemins résonnent d’une manière particulière au début d’un confinement et après un attentat meurtrier dans une église. Est-ce que, oui ou non, nous pensons véritablement que l’attitude qui nous rendra heureux vis-à-vis de ces deux événements est : d’être pauvre de cœur, de pleurer, d’être doux, d’être affamé de justice, d’être miséricordieux, d’être un cœur pur, d’être un artisan de paix et d’être soi-même persécuté pour la justice ?  

Reconnaissons chers frères et sœurs que le chemin que propose les béatitudes semble n’être pas le chemin de notre vie « normale ». Ce n’est pas un chemin attirant. Il est important d’avoir la lucidité de reconnaître qu’il y a un décalage entre ce que nous aspirons et le chemin de bonheur que nous propose Jésus. Si nous n’osons pas ce regard de lucidité sur nous-mêmes, nous admirerons l’évangile, mais très concrètement nous nous comporterons comme des païens dans notre vie quotidienne.

« Le bonheur du Christ » et « la vie normale »

Cependant, ce décalage entre le chemin que propose Jésus pour être heureux et notre attente, il se fonde je crois sur un deuxième décalage, en définitive plus profond que le premier. En effet, pour l’instant ce que nous avons regardé ce n’est que le chemin pour être heureux, c’est-à-dire les attitudes concrètes qui mènent au bonheur. Mais qu’en est-il du bonheur lui-même que nous propose Jésus ? En effet, ce que nous appelons le bonheur peut être très varié, à travers ce mot nous pouvons signifier, un bien être, un plaisir, une gratification, un accomplissement, la joie… Quel est le type de bonheur promis par Jésus ?

Pour répondre à cette question il faut écouter la deuxième partie des béatitudes. En effet, ces deuxièmes parties sont les promesses récompensant l’attitude prescrite par le Christ. Hélas, souvent elles sont les grandes oubliées. En ce sens, je me souviens d’un ami qui pensait que les deuxièmes parties sont toujours l’inverse des premières. Ce n’est le cas que pour trois des huit béatitudes. Réécoutons quelles l’aboutissement du chemin proposé par Jésus : être consolé, recevoir la terre en héritage, être rassasiés, recevoir la miséricorde, voir Dieu, être appelé fils de Dieu, avoir le Royaume des cieux.

Encore une fois, « il ne faut pas se mentir », le type de bonheur promis par Jésus ne correspond pas à la « vie normale » que nous imaginons. Le bonheur proposé par les béatitudes n’est pas un bonheur a vu d’homme, mais un bonheur au-delà : voir Dieu, être fils de Dieu, avoir le royaume des cieux. Il y a donc bien un décalage entre notre perception du bonheur et celui que propose Jésus, mais il est plutôt dans le sens que le bonheur proposé par Jésus est « au-delà » de nos attentes.

Emprunter le chemin des béatitudes

Si je résume notre parcours : Jésus nous promet que le chemin qu’est la sainteté, un chemin qui ne correspond pas nécessairement à nos attentes, amène à un bonheur bien au-delà de nos attentes. La réponse que je ferai donc à cette collégienne est une question : est-ce qu’elle désire ce bonheur à hauteur divine que nous propose Dieu ? Autrement dit, la question que nous devons nous poser n’est pas simplement « est-ce que nous voulons être saint ? » mais est-ce que nous avons soif de « plus » que notre « vie normale » ? Est-ce que ma vie quotidienne me contente parfaitement où est-ce qu’en moi il y un désir de « plus » ?

Chacun répondra sûrement différemment à cette question. Je voudrai vous inviter néanmoins à relever dans votre vie deux indices d’un désir enfoui d’un « plus ». Le premier indice est notre rapport à l’imaginaire ? Parfois on peut se contenter d’une vie « normale » parce que l’on vit par procuration, par l’imaginaire (les films, séries, jeux, livre…) une vie extraordinaire. Le deuxième, est notre rapport à la mort. Parfois on se contente d’une « vie normale » mais en fuyant la réalité de cette vie « normale » qui est qu’elle est finie, qu’un jour elle se terminera. Seul celui qui vit pleinement dans le réel et regarde avec lucidité la vie peut faire jaillir en lui ce désir du ciel.

Il reste néanmoins cette question, pourquoi passer par ces 8 chemins pour être heureux ? Ces chemins qui ne sont pas si attirant. Je ne vais pas répondre à cette question aujourd’hui. Simplement, il me semble bon de rappeler qu’on aurait tort d’écouter d’une oreille distraite le Christ. En effet, par sa vie il nous prouve qu’elles sont vraies. Jésus est celui qui a suivi véritablement ces 8 chemins et qui a reçu les promesses correspondantes. Oui, le Christ nous montre que les béatitudes sont un chemin sûr, solide sur lequel nous pouvons appuyer notre vie.

Conclusion

Pour conclure, chers frères et sœurs, la Bonne Nouvelle est que ces chemins que proposent l’évangile peuvent être vécues à tout moment. Aucun confinement, attentat ne peut rien contre ces attitudes proposées par le Christ. Voilà pourquoi, oui le bonheur, le véritable bonheur c’est aujourd’hui que nous pouvons le découvrir, aurons-nous assez confiance dans le Christ pour oser suivre son chemin ?

Père Marc

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