Fête de Saint Irénée de Lyon

Chers frères et sœurs,

Avez-vous entendu parler de la Guerre Franco-Prussienne de 1870 ? Je suppose que certains parmi vous n’en ont jamais entendu parler, que d’autres en connaissent quelques éléments théoriques, et peut-être que les derniers en savent quelque chose très précisément parce que, dans leur famille, on leur a raconté l’histoire de cet arrière-grand-père qui a été blessé à la Bataille de Reichshoffen ou à celle de Saint-Privat. Entre cette Guerre et nous, il y a cent-cinquante ans précisément, il n’y a plus de témoins directs, et le souvenir risque de s’en dissiper petit à petit…

Cette situation que nous connaissons vis-à-vis de la lointaine Guerre de 1870, c’est celle qu’a connu saint Irénée vis-à-vis de Jésus-Christ. Jésus a prêché l’évangile en Judée et en Galilée, il est mort et ressuscité vers l’an 30 ; Irénée devient évêque de Lyon après la persécution de Marc-Aurèle en 177 au cours de laquelle Pothin, Blandine et leurs compagnons furent martyrisés : cent-cinquante ans séparent ces deux événements. Et Irénée, pour parler de Jésus, n’a pas seulement à sa disposition les quatre évangiles et les lettres du Nouveau Testament, mais il a aussi tous les souvenirs que saint Jean l’évangéliste a raconté à son disciple Polycarpe, dont Irénée, dans sa jeunesse, a été lui-même l’élève.

Imaginez alors que quelqu’un vienne vous affirmer que, lors de la Guerre de 1870, les Français et les Prussiens chevauchaient des dinosaures, se battaient avec des sabres lasers et que des Martiens sont venus mettre fin à la bataille… Absurde, n’est-ce pas ? Mais si vous dites que tout cela est impossible, on vous répondra peut-être que vous n’y étiez pas, que vous n’avez pas de preuve, que chacun a son opinion. C’est un peu ce qui arrive à saint Irénée quand il devient évêque. Autour de lui, il y a des Chrétiens ; et il y a aussi des gens qui s’inventent leur propre religion, avec dedans des petits morceaux d’évangile, mêlés à de la spiritualité égyptienne, de la mythologie grecque, et encore d’autres choses. A la fin, ils parlent de Jésus, mais d’un Jésus qui n’a plus rien à voir avec celui de l’évangile… Pour reprendre l’image de la vigne dont nous parle l’évangile de saint Jean, ces sectes sont comme des sarments qui se séparent de la vigne, et de la sève qui l’irrigue, pour raconter au sujet de Jésus des histoires farfelues, fausses et dangereuses.

Si nous fêtons saint Irénée plus de dix-huit siècles après, c’est que ce combat contre les hérésies est tout autant nécessaire et actuel qu’à son époque. Combattre les hérésies, ce n’est pas, comme vous pourriez le croire, se comporter en police de la pensée, arrêter et envoyer au bûcher tous ceux qui ne sont pas d’accord avec nous ! Il ne s’agit pas de faire preuve de violence, au contraire. Il s’agit pour nous de travailler notre connaissance de la foi chrétienne, pour pouvoir, quand c’est nécessaire, affirmer qui est vraiment le Jésus des Chrétiens, et empêcher qu’il soit récupéré pour promouvoir telle ou telle idéologie, qu’elle soit de droite, de gauche ou du centre, d’orient ou d’occident. Comme le dit saint Paul à Timothée – notre deuxième lecture de ce jour –, « un serviteur du Seigneur ne doit pas être querelleur ; il doit être attentionné envers tous, capable d’enseigner et de supporter la malveillance ; il doit reprendre avec douceur les opposants, car Dieu leur donnera peut-être de se convertir, de connaître pleinement la vérité… »

Pour lutter à la suite de saint Irénée contre les hérésies, il faut donc avant tout de la douceur, et un amour sincère pour celui à qui l’on parle. Quand le plaisir de vaincre son adversaire l’emporte sur le désir de le convaincre, c’est très mauvais signe… Pour transmettre avec justesse le vrai visage du Christ, l’Eglise doit d’abord se laisser aimer par Lui, se laisser convertir, se laisser transformer de l’intérieur. Irénée a profondément aimé l’Eglise et il nous invite à l’aimer à notre tour, cette Eglise faite des pécheurs que nous sommes. Saint Paul compare les Chrétiens à des vases d’argile qui contiennent un trésor (2Co 4, 7), et peut-être sommes-nous tentés de dénigrer un peu ces pauvres vases sans valeur… Or, Irénée commente ce verset d’une manière splendide, en soulignant que ces vases, en dépit de leur fragilité, sont tout imbibés de la senteur du parfum qu’ils contiennent : « cette foi, que nous avons reçue de l’Eglise, nous la gardons avec soin, car sans cesse, sous l’action de l’Esprit de Dieu, tel un dépôt de grand prix renfermé dans un vase excellent, elle rajeunit et fait rajeunir le vase même qui la contient. » Ainsi l’Eglise, renouvelée par l’évangile qu’elle porte, est-elle à la fois une vieille dame et une jeune fille, à la fois de plus en plus âgée et de plus en plus belle…  

Chers frères et sœurs, saint Irénée nous dit que Jésus-Christ n’est jamais loin de nous. Le temps qui passe ne nous éloigne pas de Lui, mais peut nous en rapprocher, si nous voulons bien entrer dans cette longue succession de témoins qui, de génération en génération, avec force et douceur, annoncent l’évangile. Nous ne sommes pas parfaits, ce n’est pas grave : Dieu a besoin de nous. Car, conclut saint Irénée, « si Dieu sollicite le service des hommes, c’est pour pouvoir, lui qui est bon et miséricordieux, accorder ses bienfaits à ceux qui persévèrent dans son service. (…) Car la gloire de l’homme, c’est de persévérer dans le service de Dieu. »

Amen.

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